La guerre des réseaux

Published by Sven Clement on

*Gastartikel vun de Piraten am Land (Juli 2020)

Dans un article paru dans la RevuePolitique étrangère s’intitulant La révolte en réseau : Le printemps arabe et les médias sociaux, David A. Faris écrit : « Les médias sociaux sont aujourd’hui extrêmement présents, y compris dans les pays en développement, et il est désormais difficile d’imaginer qu’une mobilisation sociale puisse se faire sans eux. Autrement dit, la révolte se fera en réseau ou ne se fera pas.»  

Suite à la mort de George Floyd aux Etats-Unis, la question du racisme resurgit à travers dans le monde occidental et le mouvement #BlackLivesMatter déploie pleinement sa dynamique dénonçant la discrimination raciale. La réponse de Donald Trump (et Fox News notamment) ne se faisait pas attendre. Les manifestants anti-racistes sont dès lors présentés comme un mouvement hors-la-loi portant atteinte à la propriété privée de braves citoyens américains. Donald Trump réussit une fois de plus à diviser l’opinion publique. Ce qui correspond en réalité à une manifestation contre les discriminations raciales et un questionnement critique de l’histoire états-unienne sera finalement détournée et utilisée par l’Administration Trump à une fin électorale. 

Dans ce contexte, il importe de rappeler les enjeux qui se présentent depuis quelques années concernant la manipulation du débat public à l’aide du big data. Dans un article paru au New York Times en 2017, l’ex-conseiller du Président américain Steve Bannon est cité comme suit : « The longer they talk about identity politics, I got ’em. I want them to talk about racism every day. If the left is focused on race and identity, and we go with economic nationalism, we can crush the Democrats.» L’auteur de l’article souligne que dès que l’on énonce #BlackLivesMatter, les électeurs blancs entendent «Tuez un flic». Quand vous dites «diversité», ils entendent «privilèges» pour les minorités aux dépens des blancs. Christopher Wylie, ex-collaborateur de Cambridge Analytica, spécialiste en micro-targeting et lanceur d’alerte met en garde contre une évolution qui fait craindre le pire. 

A l’âge de 24 ans, Wylie eut l’idée de collecter les données de millions de profils Facebook aux Etats-Unis et de créer des profils psychologiques et politiques propres aux utilisateurs. Ces profils personnels furent par la suite rigoureusement ciblés par des publicités politiques censées agir sur les différents profils psychologiques. Aux yeux de l’Administration Trump et de Steve Bannon ceci apparaît comme une porte d’entrée pour des manipulations ciblées de l’opinion publique. Bannon fut fasciné par le potentiel de ces bases de données et y voyait très tôt une chance pour «diviser» la communauté web et pour en tirer profit, voire un avantage compétitif en termes de potentiel pour les campagnes électorales et pour la propagation des fake news

Si Trump réduit en ce moment les manifestations comme #BlackLivesMatter à des seules dérives de violence, s’il réduit  les nouvelles de CNN à des Fake News et s’il proclame que The silent majority is stronger than ever before, il poursuit qu’une seule idée : Diviser pour mieux régner. L’auteure d’un article paru en 2018 au Guardian soulève une question essentielle : Has the rise of micro-targeting become a threat to democracy? L’omnipotence des réseaux sociaux est devenue aujourd’hui à la fois une chance et un danger. D’une part, grâce à ces réseaux, un mouvement comme #Blacklivesmatter peut se former. D’autre part, les Ad-Businesses et les manipulations ciblés constituent des fléaux inquiétants. L’encadrement du monde numérique constituera un des débats fondamentaux. Les témoignages des lanceurs d’alerte comme Christopher Wylie nous en renseignent. C’est pourquoi, dans une première phase, nous revendiquons la séparation entre plateformes de contenus et plateformes de publicité afin de réduire les effets néfastes de cette alliance.

Categories: Positiounen

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